Jardin

Alain a taillé ses thuyas grillés cet été : ce que le pépiniériste lui a dit au printemps suivant

Par Caroline Lopez 26 septembre 2026 6 min de lecture

Thuya aux rameaux brunis dans une haie d'automne
Ce qu’il faut savoir

  • Ne coupez pas les branches brunes d’un thuya grillé avant les premières gelées.
  • Les rameaux desséchés forment un écran protecteur pour le bois vert sous-jacent.
  • Arrosez profondément dès septembre, puis taillez uniquement les pointes mortes après les gelées.
  • Un thuya ne repousse jamais sur le bois mort : respectez la limite du vert.

Alain a vu ses thuyas virer au brun tabac à la fin du mois d’août. Trois semaines de canicule sans une goutte de pluie, et la haie qu’il entretenait depuis dix ans ressemblait à une rangée de torches éteintes. Son réflexe a été immédiat : sortir le sécateur, couper tout ce qui était grillé, remettre de l’ordre avant l’automne. Il était certain de faire le bon geste.

Le printemps suivant, il est retourné voir le pépiniériste du coin, les bras chargés de photos. La moitié de la haie ne reviendrait jamais, remplacée par des trous béants que trois années de repousse ne combleront pas. Le verdict du professionnel a été sans appel : Alain avait coupé exactement ce qu’il ne fallait pas couper, au pire moment de l’année.

Ce qui se passe vraiment sous les branches brunes d’un thuya grillé

Le thuya est un conifère qui sacrifie ses rameaux extérieurs pour survivre à la sécheresse. Quand les températures dépassent 35 °C plusieurs semaines de suite, la plante coupe volontairement l’alimentation en eau vers le feuillage périphérique pour préserver le bois central. Ce que l’on prend pour de la mort est en réalité une stratégie de survie calculée.

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Les branches dorées ou brunes qui restent en place après l’été jouent un rôle précis. Elles forment un écran thermique autour du bois vert sous-jacent. En automne et en hiver, ce feuillage desséché protège les parties vivantes du thuya des gelées nocturnes et du vent froid. Couper ces branches en septembre, c’est retirer à la plante son isolation naturelle juste avant que les températures chutent.

Le pépiniériste a expliqué à Alain que le vrai problème venait des racines, pas du feuillage. Un thuya qui brunit uniformément sur toute la surface de la haie souffre d’un manque d’eau profond, pas d’une maladie. La confusion entre brunissement par sécheresse et maladie fongique comme le didymascella thujina : qui attaque le feuillage des conifères par plaques brunes distinctes : conduit directement à la mauvaise décision.

Il faut aussi connaître la règle d’or des conifères et des arbres de haie : un thuya ne repousse jamais sur le bois mort. Si vous coupez au-delà de la zone encore verte, la branche ne se régénèrera jamais. Aucun engrais, aucun stimulant racinaire ne change cette réalité. C’est la différence fondamentale avec un arbuste fleuri qui tolère une taille sévère.

Le bon geste en automne sur un thuya grillé par la sécheresse

La première action est l’arrosage, pas la taille. Un arrosage profond et lent : avec un tuyau suintant ou un goutte-à-goutte laissé deux heures au pied de chaque thuya : reconstitue les réserves dans la zone racinaire avant le durcissement du sol. Ce geste est à faire dès le mois de septembre, sans attendre les premières pluies d’automne.

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Ensuite, on attend. Après le premier gel franc, les branches vraiment mortes se distinguent clairement des branches encore vivantes. Le brun cassant et sec d’un rameau définitivement perdu ne ressemble pas au brun léger d’une branche stressée mais toujours vivante. Ce délai n’est pas de la passivité : c’est de la précision chirurgicale.

  • Arroser profondément dès septembre, 15 à 20 litres par pied de thuya
  • Appliquer une couche de paillage de 5 à 8 cm autour du tronc pour conserver l’humidité du sol
  • Attendre les premières gelées avant d’évaluer l’étendue réelle des dégâts
  • Tailler uniquement les pointes mortes avec un sécateur désinfecté à l’alcool, jamais avec un taille-haie électrique
  • Ne jamais couper au-delà de la limite où le vert reste visible sur la branche

Un sol paillé en automne conserve la chaleur résiduelle de l’été plus longtemps et protège les radicelles superficielles du gel. C’est un geste simple qui change l’issue pour un thuya affaibli. Pour d’autres plantes du jardin, les soins d’automne au jardin suivent la même logique : agir sur le sol avant d’agir sur la plante.

Si la haie présente des branches entièrement mortes sur toute leur longueur, de la base à la pointe, le cas est plus grave. Un thuya dont les racines sont mortes : par pourriture racinaire, asphyxie sur sol argileux, ou sécheresse extrême prolongée : ne repart pas. Dans ce cas, la taille ne change rien : la plante entière doit être remplacée, et le sol amendé avant toute nouvelle plantation.

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Arrosage profond au pied d'une rangée de conifères

Ce que l’histoire d’Alain dit de nos réflexes face aux plantes en difficulté

Le cas d’Alain n’est pas isolé. L’été 2025 a été marqué par une sécheresse qui a touché des milliers de haies de thuyas à travers la France. Les forums de jardinage ont été inondés de photos de conifères brunis, avec dans la grande majorité des cas la même question : « faut-il couper maintenant ? ». Et dans la grande majorité des réponses, la même erreur encouragée par un manque d’information.

Notre réflexe face à une plante abîmée est d’agir vite, de couper le visible, de « faire quelque chose ». Avec les thuyas et les conifères en général, ce réflexe devient destructeur. La bonne posture est celle du médecin qui examine avant d’opérer : comprendre si le brunissement vient de la sécheresse, d’une maladie fongique, ou d’un problème racinaire, puis intervenir avec précision sur les seules parties réellement perdues.

La même logique vaut pour d’autres arbustes du jardin. Le laurier-rose, par exemple, demande lui aussi un geste précis avant l’hiver pour ne pas compromettre la floraison du printemps. Les plantes de haie ont leurs propres temporalités, et elles ne pardonnent pas les interventions précipitées par l’impatience.

Ce que le pépiniériste a dit à Alain tient en une phrase : « Le brun protège le vert. » Un thuya grillé par la sécheresse estivale a besoin d’eau, de temps, et d’un sécateur utilisé après les premières gelées : pas avant. Chaque centimètre de bois vert coupé trop tôt est un centimètre que la haie ne retrouvera jamais.

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